Ecrire un tube instantané alors qu'on rêve d'albums sommes et de voyage créatif quand on est un créateur torturé et jusque boutiste peut devenir une malédiction. C'est probablement ce qui différencie Vanessa Carlton et Kurt Cobain ou Patrick Juvet et Nino Ferrer.


Réduire Nino Ferrer à ses morceaux les plus connus ( "Le Sud" et "La Maison Près de la Fontaine") et son étiquette contre nature de chanteur rigolo ("Mirza", "Les Cornichons") serait une erreur dommageable, tout du moins pour tout aficionado (tiens un nouveau mot) de musique progressive, évolutive et plus généralement de trip sonore. 

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En plein possession de ses moyens créatifs et financiers, il compose son manifeste Métronomie qui sort en 1972. Introduit par une pièce instrumentale de 9 minutes, du même nom, il tire alors un trait (sciemment ou non) sur son étiquette de chanteur de variété. Pas complètement allumé aux psychotropes, Nino se permet quand même d'inclure le hit "La Maison Près de La Fontaine", balade de troubadour je-m'en-foutiste qui fera les belles heures des amateurs d'amour libre et de pantalons trop larges. Morceau prophétique d'une époque qui va basculer dans des moments beaucoup moins câlins, il est déjà imprégné de la part d'ombre et de fatalisme de Nino Ferrer.


Si vous pouvez mettre de côté le dispensable "Isabelle", Métronomie contient de très belles perles de rock psyché, "Cannabis" et "Freak" en tête qui font de ce disque un vrai truc de tête brûlée dans la variété 70's (autant dans la musique que dans les paroles). La suite pour Nino Ferrer prendra la forme de cet éternel écart entre hits radios et albums riches en surprises dont globalement tout le monde se fout. Et ce ne sont pas les années 80 et Jean-Pierre Mocky qui l'aideront beaucoup. 


Si vous êtes toujours là, on ne peut que vous encourager à vous replonger de la même façon dans Nino ferrer and Leggs et Nino and Radiah. Et qui sait peut-être dans les B sides de Patrick Juvet.

Nino Ferrer - Métronomie - 1972 [Full Album] - HD

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