"Dans le film et dans la chanson, j'ai remarqué que les gens se mettent en position héroïque. C'est pas quelque chose qui m'attire énormément." 


En 2006 dans En Aparté, la défunte émission de Pascale Clark sur Canal +, Philippe Katerine donne une définition de son rapport à l'art qui en vaut pas mal d'autres. Loin de l'easy listening pour hotline de pompes funèbres de ses débuts, le chanteur sort du succès de Robots Après Tout, porté par le génial-infernal "Louxor J'adore", la réponse dandy-situationniste à la house globale de Daft Punk et à la rétromanie chic de Bertrand Burgalat. 


Un premier gros succès commercial après beaucoup de succès d'estime (clin d'oeil appuyé à son petit frère de loin, Ricky Hollywood) à la suite duquel il s'est lové dans son rôle de dandy en roue libre, démolisseur des formats chanson, des attentes de son public, et (surtout) de lui-même.


Parce qu'en bon lecteur de Houellebecq, autre ex-jeune homme sage et bien coiffé désormais appliqué à parfaire son rôle de vieux barbon dégueulasse, Katerine décrit les processus "normaux" de la vie de tous les jours, les enfants, le pognon, les frites, les trajets en métro, les horaires du Monoprix, le rapport à ses parents vieillissant, la peur de la maladie. Ce qu'il appelle "la poésie du déchet". Un peu comme si Roland Barthes s'était déguisé en cousin d'Austin Powers pour mieux diagnostiquer et démonter les angoisses et les mythologies d'aujourd'hui.


Un grand écart permanent entre la pop fonctionnelle, l'entertainment triste et les références hyper intelligentes (qui rappelle un peu le taf de R. Stevie Moore, continué par notre lutin favori Ariel Pink) qui le voit tomber parfois du bon et parfois du mauvais côté de la barrière, mais qui lui donne un statut à part dans la pop française, bloquée jusque très récemment en pleine impasse entre obsessions Gainsbourgeoises et petits doigts sur la couture du pantalon. 


Alors Katerine, dandy idiot ou auteur super lucide ? Digne héritier de Brigitte Fontaine ou cousin branché de Patrick Sébastien ? Grand architecte de la pop du futur ou simple fossoyeur de celle d'aujourd'hui ? Autant de questions que l'on pose et auxquelles on tente de répondre dans cet épisode de TAPE, notre série qui rembobine l'histoire de la musique pour Arte Concert. 


Rappel : pour les comz insultants, tout se passe sur notre mur Facebook. 

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